Alors que Yaoundé accueille la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’OMC, notre rédaction a rencontré l’économiste camerounais Dr Tumenta F. Kennedy pour décrypter les enjeux de ce rendez-vous mondial pour le Cameroun et l’Afrique.
Question 1 :
La tenue de cette 14ᵉ Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé est-elle une opportunité stratégique pour le Cameroun ?
Dr Tumenta F. Kennedy : C’est une opportunité sans précédent, tant sur le plan diplomatique qu'économique. L'accueil de 3 000 à 4 000 délégués et visiteurs internationaux génère un impact immédiat sur l'économie locale (hôtellerie, transports, services). Mais au-delà de l'événementiel, c'est une vitrine pour l'investissement. L'Agence de Promotion des Investissements (API) est d'ailleurs en première ligne avec de nombreux « side events » pour présenter le potentiel camerounais. Nous passons d'une économie de simple transit à une économie de destination, où le "Made in Cameroon" peut séduire des partenaires stratégiques mondiaux en quête de stabilité dans la sous-région.
Question 2 :
Quels sont, selon vous, les principaux enjeux économiques pour les pays africains dans les négociations actuelles à l’OMC ?
Dr Tumenta F. Kennedy : L’un des dossiers les plus brûlants concerne les subventions à la pêche. Il est impératif que l’OMC mette fin aux subventions massives accordées aux flottes industrielles étrangères qui pillent nos côtes. Pour le Cameroun, il s'agit de protéger la pêche artisanale et de garantir notre sécurité alimentaire. Un autre enjeu majeur est la réduction de notre déficit commercial : avec environ 5 milliards de dollars d’exportations contre 8 milliards d’importations, l’Afrique doit négocier des règles qui lui permettent de protéger ses industries naissantes tout en accédant aux marchés mondiaux sans barrières non tarifaires discriminatoires.
Question 3 :
Dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales et l’inflation, comment le Cameroun peut-il tirer profit du système commercial multilatéral ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Le multilatéralisme est notre garde-fou. Face à une inflation importée qui pèse sur le panier de la ménagère, l'OMC offre un cadre de prévisibilité. Le Cameroun doit s'appuyer sur ces règles pour diversifier ses partenaires et ne plus dépendre de quelques chaînes d'approvisionnement fragiles. C’est aussi le moment de faire valoir nos avantages comparatifs (ressources naturelles) et de les transformer en avantages compétitifs par l’amélioration de la qualité de nos infrastructures logistiques et de nos normes de production.
Question 4 :
La question de la transformation locale des matières premières est au cœur des débats africains. L’OMC peut-elle réellement soutenir l’industrialisation du Cameroun ?
Dr Tumenta F. Kennedy : L’industrialisation doit désormais passer par une production de proximité. L’OMC doit évoluer pour permettre aux États de soutenir activement l’entrepreneuriat local. Nous ne voulons plus seulement exporter du cacao brut, mais des produits finis. Pour cela, il faut que le système commercial international accepte que nous favorisions nos entrepreneurs locaux dans nos politiques d'achats publics et de développement industriel. Le soutien à la PME camerounaise est le seul véritable levier pour une croissance inclusive et durable.
Question 5 :
Quel message les décideurs africains devraient-ils porter durant cette conférence pour défendre efficacement les intérêts régionaux ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Le message doit être celui de l’Avantage Collectif. Si l'avantage comparatif nous donne des ressources et l'avantage compétitif nous donne des marchés, seul l'avantage collectif nous donnera la puissance. L'Afrique doit se présenter comme un bloc uni. Nous devons promouvoir des chaînes de valeur transfrontalières et des zones économiques spéciales (ZES) régionales. En créant des zones de production communes avec nos voisins de la CEMAC et au-delà avec la ZLECAf, nous changeons d'échelle. Un projet industriel transfrontalier a un impact bien plus large et une résilience bien plus forte qu'un projet isolé. C'est unis que nous pèserons réellement sur les règles du commerce mondial. L’ instrument tel que l’African Business Information Bank (AfricanBIB), aidera les acteurs africains à trouver des partenaires traçable, crédible de tous les pays Africains pour booster les échanges commerciaux.
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