Il vaut mieux tard que jamais, ultime leçon explicite de sagesse,
d’un patriarche, à une famille impatiente, au soir d’un bilan
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Ce n’était, cela ne devait pas être, et ce ne sera pas un message comme tous les autres depuis quatre décennies. Même avec mille occupations, préoccupations critiques, moqueries et des préjugés haineux, aucun de nos compatriotes, fut-il le plus radical des opposants, le plus inamical et le plus éloigné en esprit et de corps, ne s’est désintéressé ou ne se désintéressait de la communication du chef de l’Etat ce 31 décembre 2025. Croire, penser, raconter, ruminer qu’on ne suivra pas, qu’on n’en n’attend rien, qu’on balancera tout ça dans la première poubelle de l’histoire, c’est méchant, indécent, et mensonger.
La vérité, c’est que nous attendions tous, nous d’ici et d’ailleurs, nous nationaux, amis et partenaires du Cameroun. Le moment devait être sublime, prémonitoire et chargé d’émotions. Il l‘aura été, ce moment, et avec quelle interpellation et quelle humilité ? Si la postérité est le meilleur juge, notre conscience au présent constitue la lampe légitime.
Voilà, chacun et chacune de nous, en dira ce qu’il veut, ce qu’il croit avoir entendu. Mais le fond demeure un appel, un vrai message de réveil et d’espoirs, une leçon. Accueillons de bon cœur, avec amour, disponibilité et affection celui qui vient à vous. Prenons avec la bonne main ce qui nous est offert à un moment. Ouvrez la porte à celui qui vient demander pardon. Tenez la main du patriarche qui trahi, insulté, moqué et abandonné par certains de ses enfants, vient vers vous avec la parole simple et le regard fraternel. Rien ne sert de vilipender à jamais et pour l’éternité, tant que la main demeure tendue et affectueuse, tant que l’autocritique est proclamée avec honnêteté et fraternité.
Après un périple à travers le désert du Sahara et la méditerranée, je rencontrai un jour à Paris, Moîse dont j’avais tenu la main à Dakar en étant décisif pour son départ. A son touril m’avait renseigné sur les chemins et les obstacles sur le parcours de clandestin et d’aventurer vers l’Europe, puisque je devais m’élancer plus tard. Il eut ce mot : Enfin. Et je répondis, oui, je suis enfin arrivé, grâce à toi Moïse, merci beaucoup. Et puis plus tard, je rencontrai un autre, qui m’avait fait un mauvais coup en Mauritanie, et alors qu’il voulait se cacher, j’allai le premier vers lui et dit : mon frère, ce n’est rien, nous sommes tous arrivés, et tu vois, mon cœur reste ouvert, nous allons nous tenir dans ce pays des blancs, pour d’autres combats. Il demanda pardon, disant, Je m’étais mal comporté, mais crois-moi, je ne suis pas méchant, j’étais simplement trop perturbé.
A l’échelle d’une famille, d’une nation, la parole dernière du patriarche compte, cette parole, quand il vient réunir les enfants et dit, « oui, j’ai fauté, mais j’ai aussi travaillé, je sais que vous attendez mieux. Avançons, je vous donne ma parole ». Jamais il ne faut lui jeter la pierre et jamais il ne faut lui tourner le dos. Son âge est un témoignage et un symbole de la divinité de la créature humaine de même que de ses richesses et promesses insoupçonnées. A tout moment, des leçons, des sources d’espoirs, peuvent en sortir. Le Cameroun c’est le Cameroun, certes, mais le Cameroun, c’est juste un fragment de l’universel humain avec ses fautes et ses qualités. Trop de discussions tue la raison et trop de raisons anéanti détruit la communauté.
J’ai écouté attentivement le Président. Puisse nos querelles et nos jugements même très durs se rendre à l’évidence du discours testamentaire final d’un patriarche qui s’en va, d’un père, d’un frère et d’un ami qui en un soir, refait le chemin de son passé, et nous invite à un nouveau sursaut, un nouvel éveil. Acceptons de bon cœur, soutenons avec un esprit honnête et accompagnons-le donc, sans doute pour un ultime et sublime voyage dans le futur de notre destin, un futur annoncé.
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