À l’approche d’un double rendez-vous crucial – la rentrée scolaire prévue dans quelques jours et l’élection présidentielle du 12 octobre – le Cameroun met en avant la carte de la sécurité. Ce mercredi, la salle des Actes du ministère de la Défense à Yaoundé a abrité une importante réunion stratégique présidée par le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo.
Autour de lui, les principales autorités administratives, militaires et sécuritaires du pays, ainsi que des invités spéciaux, ont passé au crible la situation sécuritaire nationale et internationale, dans un contexte particulièrement tendu.
Un environnement international et régional instable
La rencontre s’est tenue sur fond de crispations mondiales : guerres persistantes, rivalités géopolitiques et crise économique qui érode le pouvoir d’achat des ménages. En Afrique, plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Malawi et la Tanzanie, se préparent eux aussi à des scrutins présidentiels à haut risque.
À ces incertitudes s’ajoutent la menace terroriste dans le Sahel, les violences en Afrique de l’Est et les catastrophes naturelles, notamment les inondations aux lourdes conséquences humanitaires.
Une sécurité intérieure « globalement sous contrôle »
Sur le front national, le ministre a dressé un état des lieux contrasté :
- Extrême-Nord : Boko Haram multiplie incursions, vols et enlèvements contre rançon. Les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga, du Logone-et-Chari et récemment du Mayo-Danay sont particulièrement touchés. Des mesures de répression et de neutralisation des complicités locales sont annoncées.
- Nord-Ouest et Sud-Ouest : l’embellie sécuritaire se confirme avec une reprise progressive des activités. Cependant, les « Ghost Towns » et les kidnappings à but lucratif persistent.
- Adamaoua et Nord : recrudescence des prises d’otages, aggravées par les flux migratoires liés au conflit soudanais et à la transhumance violente.
- Est : la frontière centrafricaine reste sous haute surveillance. Un renforcement de la coopération militaire avec Bangui a été officialisé, en présence du ministre centrafricain de la Défense nationale.
- Sud et façade maritime : accalmie relative, grâce à la coopération régionale et à un dispositif efficace contre la piraterie maritime.
Des enjeux électoraux et scolaires majeurs
À quelques jours de la rentrée et à 39 jours du scrutin présidentiel, Joseph Beti Assomo a appelé à une vigilance accrue. Parmi les priorités :
- la prévention des accidents de la circulation,
- la surveillance des poches de mécontentement social,
- le contrôle renforcé des frontières,
- l’anticipation des catastrophes naturelles ou humaines,
- et surtout l’encadrement de la campagne électorale.
Le ministre a insisté sur la nécessité d’assurer la sécurité des acteurs politiques et du public, tout en garantissant que les meetings et cortèges déclarés se déroulent dans le calme. « Tact et fermeté » seront les maîtres mots, a-t-il averti, précisant que toute tentative de violence sera réprimée conformément à la loi.
Réseaux sociaux et discours de haine dans le viseur
Les échanges ont également porté sur les risques liés à l’usage abusif des réseaux sociaux et à la montée des discours de haine, susceptibles de manipuler les opinions et de perturber l’ordre public en pleine période électorale.
Une étape décisive avant octobre
En huis clos, les commandants des Régions militaires interarmées et de gendarmerie ont présenté leurs rapports sur la situation sécuritaire, le moral des populations et celui des troupes. Une synthèse de ces travaux sera transmise au Chef de l’État et chef des Forces armées, Paul Biya.
En ouvrant les assises, Joseph Beti Assomo a rappelé l’objectif central : « garantir une rentrée scolaire sereine et un scrutin présidentiel apaisé ».
Cette réunion de haut niveau, tenue au cœur du ministère de la Défense, illustre la volonté des autorités de placer la sécurité au centre des priorités nationales, dans une période où chaque signal compte pour la stabilité du pays.
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